• Si vous ne connaissez pas le rock progressif, je ne peux que vous conseiller d'aller en chercher la définition sur internet. Ceci dit cet article, que vous soyez amateur ou pas de ce genre de musique, pourra vous intéresser de toute façon.

    On ne compte plus les groupes de prog européens, et depuis l'arrivée du néo-prog dans les années 80 (Pendragon, Marillion), et du métal-prog dans les années 90 (Symphony X), on a de plus en plus de mal à reconnaître un mouvement musical inventé par...Les Beatles ! (si si, vérifiez, sergent pepper est catalogué comme un des premiers albums prog de l'histoire !).

    En comptant large, on pourrait donner 1964-1982 comme les dates de naissance et de mort (avant sa parfaite rennaissance dans les années 90) du rock progressif. 1964, parce que ce sont les premiers essais de l'école de Canterbury, aboutissant à la création de Soft Machine entre autres. 1982, date de mort ou d'hibernation, alors que les super groupes : Yes, Genesis, ou King Crimson (je prends mes responsabilités par rapport aux fans qui crieront au blasphème en me lisant) tombent dans un rock plus commercial. C'est aussi l'avènement du néo-prog avec le premier album de Marillion.

       En Russie, 1964-1982 sont les dates d'arrivée au pouvoir, puis de mort, du premier secrétaire Léonid Brejnev, qui va, à lui tout seul, incarner l'immobilisme de toute une société. Il ne fait pas bon expérimenter en quelque domaine que ce soit, et la révolution culturelle occidentale n'arrivera pas jusqu'en Russie. Le rock progressif non plus.

       A la fin des années 70, quelques essais timides d'évolution du rock russe verront le jour : Akvarium et Machina Vremeni (La machine à remonter le temps) tenteront des incursions dans ce qu'il est encore difficile d'appeler du progressif. 

       En 1979 voit le jour le groupe Aftograf (Autographe) aujourd'hui encore considérés comme le groupe principal de prog en Russie, bien que cela soit peu évident à une oreille française. Voici un lien : http://www.youtube.com/watch?v=Fnm-ZHJSZNA

      Parallèlement, certains musiciens expérimentent dans un anonymat quasi-total, un rock psychédélique proche des Pink Floyd (extrèmement populaires en Russie depuis pratiquement toujours !) de Ozric Tentacles ou de Hawkind. http://www.youtube.com/watch?v=m7cVYc23IWA&playnext=1&list=PL908D2A3B075A7D16

       La Perestroïka (reconstruction) va faire naître un rock très revendicatif, loin des méandres compliqués du prog, même si, étrangement, c'est à ce moment là qu'Aftograf connaîtra ses courts moments de gloire.

       Certains groupes restent totalement inconnus du public malgré certains albums qui auraient valu une reconnaissance beaucoup plus grande. C'est le cas du groupe Horizont, originaire de Cheboksary, petite ville à environ 500 kilomètres à l'est de Moscou. Ils sont tellement inconnus que même leur maison de disques ignore ce qu'ils sont devenus. Pourtant, leur deux albums sont des trésors pour tout fan de progressif : http://www.youtube.com/watch?v=6HBMx5ijnUo&feature=related

       Il est intéressant de noter que le progressif russe est assez proche de ce que faisaient ELP de la grande époque.

       La chute de l'URSS va amener pour les russes à une connaissance plus profonde de ce qui se fait, et se faisait, en occident. Le phoenix progressif va étendre ses ailes jusque chez les slaves, et on a l'impression que ceux-ci ont décidé de rattraper le temps perdu. LIttle Tragedies, qui reste inconnu du grand public, se place en chef de file du prog-post-perestroika : http://www.youtube.com/watch?v=726rtFmH-oM

       La relève est assurée aujourd'hui, Moscou pouvant se vanter d'avoir son propre festival progressif (InProg) et une multiplication de fans et de groupes. Exemple d'un tout nouveau groupe très intéressant : http://www.youtube.com/watch?v=OHNBfUYb9_w

       Comme hier, le mouvement a quand même du mal à percer.

       Cet article occulte d'autres aspects de musique expérimentale associée, par exemple le Zeuhl ou les mouvements néo-classiques, du style Art Zoyd en France. On y reviendra bientôt. 

     

      

     

     


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  •   Angelika Varum a été une chanteuse très populaire en Russie dans les années 90, elle l'est d'ailleurs encore aujourd'hui.

      Sa voix d'enfant et ses textes toujours un peu nostalgiques la rangent un peu à part dans la catégorie des chanteuses de variété russes.  

       L'artiste est venu, il a peint son modèle, puis est parti. Mais peut-être, derrière la beauté statique du modèle, y avait-il autre chose, d'autres sentiments, plus profonds. Peut-être le modèle voulait-il changer de statut, et le pinceau de l'artiste n'a pas seulement peint un visage.

       Il a aussi dessiné un espoir.

       Voici une chanson d'Alexandra Varum, qui s'appelle "L'artiste qui peint la pluie" :  http://www.youtube.com/watch?v=e9jIPTOfMMg

       Et sa traduction par moi ci -dessous. Si vous êtes russophone, tous vos conseils sont les bienvenus, j'ai souffert pour cette traduction, mais n'en suis pas satisfait :

      L'artiste qui peint la pluie    

       Pour notre malheur, nous nous sommes rencontrés près des planches d'une estrade

       Tu voyais dans la fraicheur mordante de septembre la beauté de l'été

       Tu peignais des jours mauvais, et tu me peignais moi,  avec une ombrelle sous un érable écarlate.

        Dans le tintement d'une pluie de feuilles automnale, volait une ombre dorée.  

        Dans le flétrissement tu voyais la vie, et dans l'éternel retour le signe de la nature.

       Et cette éblouissante combustion était bénie de ta main.

       Notre dialogue muet s'est dissipé, comme se dissipe le bonheur.

       Tu es parti à travers le mauvais temps, au-delà de l'horizon de tes préoccupations.   

       Refrain :

       Tu m'oublieras bientôt, l'artiste qui peint la pluie,

       Tu sers un autre ange, et ne m'appelleras plus après toi, 
       

       Tu m'oublieras bientôt, l'artiste qui peint la pluie  

        Tu sers un autre ange et ne m'appelleras pas après toi  

        L'artiste qui peint la pluie, l'artiste qui peint la pluie  

     

      Le matin, en ouvrant ma fenêtre, j'ai vu ce tableau :

      L'érable, ayant redressé facilement son tronc, se balançait au gré du vent,  
      

      Et sur l'estrade il y avait un concert, et les musiciens d'un conte d'été

       Offraient les diamants de leurs larmes cordiales aux absents


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  • Cet article pourrait aussi bien être une encyclopédie tant le sujet est vaste. Limitons-nous à quelques incontournables du rock russe.

       1-Kino et ViktorTsoï :

         Le 15 août 1990, près de Riga, en Lettonie, une voiture s'encastre dans un autobus. Sur la banquette arrière, une canne à pêche, dans le coffre des bandes-sons, à la place du chauffeur, un homme d'à peine vingt-huit ans aux traits asiatiques. Ce qu'est devenue la canne à pêche, nul ne le sait, les bandes-sons miraculeusement intactes dans le coffre deviendront le dernier album d'un groupe de rock extrêmement populaire ("l'album noir", ainsi nommé parce que son chanteur n'était plus là pour lui trouver un nom). L'homme, Viktor Tsoï, vient d'entrer dans la légende. L'URSS chancelante avait trouvé son James Dean à elle, représentant d'une génération sacrifiée à la veille des changements que l'on sait et qui vont bouleverser le monde. Beaucoup supposent qu'il a été tué, la version officielle de l'époque (endormi au volant de sa voiture alors que celle-ci atteignait les 130 km/heure) ayant l'air douteuse. Chantre du changement à une époque trop instable.

       Le cri de ses admirateurs restera d'ailleurs celui-ci : "Tsoï est vivant !"

       Sa mort fut suivie de plusieurs suicides, et il est à noter qu'il est sans doute le seule chanteur de rock russe à avoir un mur qui lui est consacré (vous trouverez le mur de Tsoï sur le vieil Arbat, à Moscou).

       Viktor Tsoï s'est également illustré au cinéma (kino veut d'ailleurs dire "cinéma" en russe), dans le film russe "L'aiguille" entre autres.

       Voir une de ses chansons ici : http://www.youtube.com/watch?v=GNpy6PQJpXE&feature=related

       2-Boris Grebenchtchikov et Akvarium :

       Sans doute un des groupes de rock russe les plus vieux encore en activité. Courage à celui qui pourrait en compter le nombre d'albums. Boris Grebenchtchikov, son chanteur, guitariste, parolier compositeur et figure de proue, énerve certains, compte des millions d'admirateurs, et apparait comme un monument de la musique russe d'aujourd'hui.

       La musique d'Akvarium a beaucoup changé avec le temps, et les premiers albums contiennent de véritables petits bijoux. Les années (et sans doute la popularité ! il faut savoir qu'Akvarium, jusqu'au milieu des années 80, organisait leurs concerts dans les appartements de leurs amis !) n'ont pas vraiment arrangé leur créativité !

       Voici une de leurs millions de chansons, sans doute la plus politique :   

    http://www.youtube.com/watch?v=UxU2xmjaRqE

      3-DDT :

       Rock un peu plus lourd que celui d'Akvarium, DDT se démarque surtout de par son chanteur et auteur/compositeur Yurii Chevchuk. Ses textes sont assez politisés, et on sent parfois que la musique est là pour faire passer un message. Comme c'est assez systématique, et assez terre-à-terre, ça menace parfois d'être fatigant. DDT est considéré, avec Akvarium, comme les chefs de file du "rock de Leningrad", paradoxalement ils sont originaires d'Ufa, à plusieurs milliers de kilomètres à l'Est !

       Voilà une chanson, sans doute une de leur plus connues :  http://www.youtube.com/watch?v=pzxEtkjujsI

    4-Nautilus Pompilius :

       Le nom ne devrait être inconnu ni aux amoureux de Jules Verne (Vingt-mille lieux sous les mers), ni aux spécialistes des gastéropodes marins (allez sur Google et tapez "Nautilus Pompilius", vous allez être impressionnés par le nombre de forums existant sur les mollusques !).

       Nautilus (appelé parfois simplement NAU par ses fans) et son leader Viacheslav Butusov, présentent un rock plus doux, plus recherché, aux compositions plus compliquées. Ils ont leur propre parolier, leurs textes, très poétiques, sont toujours intéressants à écouter, et accompagnent parfaitement leur musique.

       Le texte de la chanson suivante est une traduction en russe d'un poème d'André Ady, poète symboliste un peu oublié aujourd'hui, pourtant considéré comme le "Baudelaire" hongrois, et que je vous recommande :  

    http://www.youtube.com/watch?v=fIA_rhmm0DA

      5-Agatha Christie :

       Que l'on aime ou pas, on peut imaginer combien l'auteure du "Crime de l'Orient-Express" et des innombrables enquêtes de Poirot doit se retourner dans sa tombe d'avoir prêté son nom à un groupe de rock russe gothique !

       Agatha Christie, donc, originaire, comme Nautilus Pompilius, de la lointaine ville d'Ekaterinbourg dans l'Oural, groupe des frères Samoïlov, se placent comme les chefs de file du gothique russe, leur musique rappelle les Cure, notre Indochine national parfois, avec de temps en temps des éléments plus rocks. Leurs textes ont moins d'intérêt, et sans doute est-ce voulu, que ceux de tous les groupes ayant précédé dans cet article.

       Reste que leur musique bouge bien, à écouter à petite dose pour éviter l'écoeurement :

       Voilà une chanson (à écouter fort évidemment !) :   http://www.youtube.com/watch?v=LpxvxTjYakw&feature=related

       J'espère que ce compte-rendu vous a plu, il y aurait évidemment beaucoup encore à dire, mais ces cinq là sont déjà assez représentatifs de ce qui se fait en Russie en terme de rock.

      Une remarque : ces groupes sont aujourd'hui vieillissants, mais c'est avec le recul que l'on peut parler de grands groupes ou non. Espérons que cet article vous donnera envie d'écouter de la musique russe !

         


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  •  On avance, on se dirige tout le temps vers un nouvel horizon, et à peine parvenu à l'objectif fixé qu'un autre apparaît, et ainsi vit-on, ainsi ne sombre t-on pas dans la folie et oublions que tout cela n'est peut-être que futilités.

       Et puis, comme de grands marcheurs que nous sommes tous un peu, parfois, nous nous arrêtons pour reprendre notre souffle, et tournons la tête pour apercevoir le chemin parcouru.

       C'est à ce moment là que certains d'entre nous ont ce vertige de la distance que nous appelons : "Nostalgie". C'est à cet instant que nous nous demandons ce qu'il nous serait arrivé si, au croisement, nous avions pris tout droit au lieu de prendre à gauche.

       La chanson suivante, pleine de maturité, a été écrite par un écolier. Ce qui la rend encore plus touchante. Vous trouverez ma traduction ci-dessous :

    http://www.youtube.com/watch?v=8zPDkrFd1KU

    Agata Kristi/Ciel gris   

        Le conte s'est envolé avec l'enfance,
       Caché derrière un écran de bonnes manières.
       La fée s'est dépêchée de se rhabiller,
       Et j'éparpille des cendres dans ce ciel.

       Non ce n'est plus cette époque là
       Non ce n'est plus ce ciel là
       Quand on pouvait juste sourire,

       Et se dire que le ciel serait gris plus tard.

       Si on fait tout comme il faut
       Et qu'on ne se rappelle pas

       Si on se cache sous l'oreiller
       Et qu'on ne se rappelle pas
       Si on voit le ciel gris
       Et qu'on ne se rappelle pas
       Que le ciel, le ciel, était un jour bleu
       Que le ciel, le ciel, était...

      Ca ne va pas vraiment aider
      Ceux qui aiment peindre
      Aiment, aiment, aiment peindre
      Aiment, aiment, aiment peindre.

      Non ce n'est plus cette époque là

      Non ce n'est plus ce ciel là
      Quand on pouvait juste sourire
      Et il faut à présent aimer quelqu'un
      Et vivre après cela,

      Et encore et encore et encore tuer
      Alors qu'avant
      On pouvait juste sourire
      Et se dire que le ciel serait gris plus tard.

     


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